Eunice Barber souhaite que
justice soit faite --par Jean-Luc Courthial
AP | 24.03.06 | 18:59
PARIS (AP) -- C'est en pleurs, avec une minerve autour du cou et toujours
"traumatisée", qu'Eunice Barber, la double championne du monde de l'heptathlon
et du saut en longueur, est revenue vendredi pour la première fois sur l'interpellation
pour le moins musclée dont elle a été victime samedi aux alentours du Stade de France:
coups, blessures, insultes se seraient succédés, selon l'athlète qui a bénéficié de
sept jours d'arrêt de travail prescrits par un médecin hospitalier dimanche.
"Je veux témoigner par rapport aux inconnus qui se font arrêter et se font
tabasser, massacrer. J'ai envie de dire 'stop', il faut arrêter", a déclaré
l'athlète noire de 32 ans, originaire de Sierra-Leone.
"Ma bouche a saigné, je n'arrive plus à utiliser mon bras, je dois aller voir un
médecin car j'ai une insensibilité des deux mains", a repris Barber, soutenue lors
de sa conférence de presse, tenue au cabinet de son avocat, par Bernard Amsalem, le
président de la Fédération française d'athlétisme, et par de nombreux athlètes, dont
Christine Arron, la double médaillée de bronze sur 100 et 200m lors des derniers
Mondiaux d'Helsinki.
"Cela ressemble plus à un passage à tabac qu'à une interpellation de simple
police", a déclaré Bernard Amsalem. "Son agressivité, Eunice la garde pour la
compétition. En dehors du stade, c'est une fille très sympathique, calme qui souhaite
vivre normalement comme chaque citoyenne de ce pays".
"On a tapé sur son outil de travail, sur ses jambes, ses bras, ses mains",
explique la Guadeloupéenne Christine Arron, pour expliquer la réplique de Barber, qui a
reconnu avoir mordu les policiers.
"Je ne remets pas en cause le travail de la police qui est là pour nous protéger.
Mais je pense qu'il y a une certaine catégorie de personnes représentant la loi qui sont
racistes et qui ont beaucoup de haine en eux car ils travaillent dans des quartiers assez
difficiles. Eux aussi subissent certainement des violences à des moments donnés, mais il
y a une part des choses à faire et certains ne la font plus", a ajouté Arron.
Eunice Barber, à qui l'on reprocherait "une mise en danger délibérée de la
personne d'autrui", des "violences volontaires" et un "refus
d'obtempérer", selon son avocat, Me Emmanuel Daoud, a emprunté une rue apparemment
barrée à proximité du Stade de France où se déroulait le Trophée Andros, une course
automobile sur glace.
L'athlète, dont la langue maternelle est l'anglais, évoque un "malentendu". Le
policier qui s'est précipité sur sa voiture l'aurait giflée quand elle a descendu la
vitre. Elle explique avoir ensuite été précipitée au sol par plusieurs policiers,
menottée, s'être fait marcher dessus, tirer les cheveux et menacée, y compris dans le
fourgon qui l'a embarqué pour sa garde à vue. Au commissariat, attachée à un banc,
Barber dit qu'elle a continué à être injuriée jusqu'au moment où les policiers ont
appris son identité et enfin compris qu'ils faisaient face à une athlète d'exception.
"Ils sont alors devenus gentils", explique Eunice Barber.
Lors de son interpellation, le ton était tout autre, selon l'athlète naturalisée en
1999. "Une femme (policier) m'a dit, je ne sais pas si c'est raciste mais ça ma
touché au coeur: 'Tu crois qu'on fait ça en Afrique?"', à propos de sa fausse
manoeuvre.
Des photos publiées vendredi par le journal "L'Equipe" montre quatre policiers
casqués plaquant une personne à côté de la Volkswagen de l'athlète.
Eunice Barber a déposé plainte mercredi devant l'Inspection générale des services
(IGS), la "police des polices".
Paniquée lors de son arrestation, elle admet avoir mordu un policier. "Je ne suis
pas une voleuse. Les policiers continuaient à me tordre les mains, les bras qui sont mon
outil de travail. Je me suis dit alors: 'Je ne vais jamais pouvoir relancer le poids et le
javelot'. J'étais désespérée et j'ai mordu un policier", explique-t-elle.
"Ils n'ont pas respecté mon corps. Je ne sais pas où j'en suis physiquement".
L'athlète qui conduisait sa maman en compagnie de son neveu chez une amie coiffeuse,
espère que seront cités "directement devant le tribunal correctionnel les gardiens
de la paix, j'emploie le conditionnel, qui auraient manqué à la loi pénale", a
ajouté son avocat. AP |